distance de freinage à moto une étude allemande révèle une sous estimation

Une étude de l’institut allemand de sécurité des deux-roues (ifz) portant sur 50 motards révèle qu’entre 46 et 54 % d’entre eux ont besoin de plus de distance que prévu pour s’arrêter en urgence.

Un protocole en trois temps sur piste fermée

L’ifz, institut allemand de sécurité des deux-roues basé à Essen, a présenté en août 2026 les résultats d’une étude consacrée aux limites de perception des motards au moment de freiner, menée par Matthias Haasper, André Lang et Alexander Conrad. Les essais pratiques, réalisés entre juin et septembre 2024 sur la piste ADAC de Recklinghausen, ont réuni 50 motards pour plus de 200 freinages d’urgence, tous effectués sur des motos équipées d’ABS.

etude IFZ freinage

Le protocole se déroulait en trois étapes. Les participants devaient d’abord désigner, sur leur propre moto arrêtée à une ligne de référence, le point où ils pensaient s’arrêter après un freinage d’urgence depuis 50, 70, 80 et 100 km/h ; un plot marquait alors cette distance. Ils devaient ensuite chiffrer cette même distance en mètres, le plot étant retiré pour éviter toute triche visuelle.

Enfin venait le freinage réel, effectué depuis 50, 70 et 80 km/h (la vitesse de 100 km/h a été écartée faute d’une zone de dégagement suffisante). Seule la distance de freinage pure a été mesurée : le temps et la distance de réaction du pilote n’entrent pas dans les chiffres qui suivent, ce qui signifie que la distance réellement nécessaire sur route ouverte est encore supérieure.

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Une sous-estimation qui touche près d’un motard sur deux

Les distances de freinage réelles mesurées s’établissent en moyenne à 15,96 m depuis 50 km/h, 22,35 m depuis 70 km/h et 25,54 m depuis 80 km/h. Ces valeurs sont resserrées d’un pilote à l’autre : c’est l’estimation, et non le freinage lui-même, qui varie fortement.

Résultat, entre 46 et 54 % des participants ont eu besoin d’une distance supérieure à celle qu’ils avaient anticipée (54 % depuis 50 km/h, 46 % depuis 70 et 80 km/h), et aucun n’a deviné sa distance réelle au mètre près. La formule enseignée en auto-école ne colle d’ailleurs pas non plus à la réalité de la moto : elle annonce 12,5 m depuis 50 km/h, une distance trop courte face aux 16 m réels, mais 24,5 m depuis 70 km/h et 32 m depuis 80 km/h, cette fois nettement supérieurs aux 22,35 m et 25,54 m mesurés.

Or 48 % des participants ignoraient l’existence de cette formule, et parmi ceux qui la connaissaient, 46,2 % en citaient une version erronée : au final, seuls 14 motards sur 50, soit 28 %, savaient la calculer correctement. Autre idée reçue relevée par l’étude, 26 % des participants pensaient qu’une moto s’arrête plus vite qu’une voiture dans les mêmes conditions, en raison de son poids plus faible, ce que Matthias Haasper, responsable de l’ifz, qualifie « d’idée reçue classique ».

L’écart se creuse encore quand il s’agit de traduire une distance visuelle en mètres : à 50 km/h, un plot posé à 16,38 m en moyenne était estimé à 19,28 m, et à 100 km/h, un plot à 37,25 m était annoncé à 49,77 m, soit 12,5 m d’écart. Comme le résume André Lang, coauteur de l’étude, « ce qui ressemble à 50 mètres n’en fait souvent que 30 ». Ni le kilométrage annuel, ni l’âge, ni l’ancienneté au guidon n’ont amélioré la précision des estimations chez les 50 participants, pourtant expérimentés (56,4 ans d’âge moyen, environ 33 ans de pratique et 9 203 km parcourus par an en moyenne). Deux facteurs, en revanche, réduisent la distance de freinage réellement parcourue : s’intéresser au fonctionnement de son système de freinage et s’entraîner régulièrement aux freinages d’urgence.

Selon les chiffres cités dans l’étude, environ 13 % des accidents corporels à moto recensés en 2024 en Allemagne seraient liés à une distance de sécurité insuffisante. Une campagne de sensibilisation a été lancée en avril 2026 par l’ifz avec le Conseil allemand de la sécurité routière (DVR) pour rappeler l’importance de cette distance, en particulier à moto où l’absence de carrosserie protectrice rend une sous-estimation plus dangereuse qu’en voiture.

Plus d’infos

Site de l’institut : www.ifz.de