Encadrée par décret depuis janvier 2025 en France après neuf ans d’expérimentation, la circulation inter-files reste totalement interdite en Allemagne, où le débat sur son ouverture est loin d’être tranché.
Une pratique définitivement encadrée en France depuis 2025
Après une expérimentation lancée en 2016, la circulation inter-files (CIF) pour les deux et trois-roues motorisés a été intégrée de façon pérenne au Code de la route par le décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025, avec une généralisation effective depuis le 11 janvier de la même année.
Les règles sont précises : la vitesse est limitée à 50 km/h lors du filtrage, et abaissée à 30 km/h si l’une des files est à l’arrêt. La pratique n’est autorisée que sur les autoroutes et les routes à deux chaussées séparées par un terre-plein central, comportant au moins deux voies chacune, et où la vitesse maximale autorisée est d’au moins 70 km/h. Elle est réservée aux deux et trois-roues motorisés d’une largeur maximale d’un mètre. Le non-respect de ces conditions expose à une contravention de 4e classe et au retrait de 3 points sur le permis de conduire.
Le bilan de l’expérimentation menée pendant neuf ans s’est révélé contrasté : les accidents impliquant des motards ont globalement reculé d’environ 10 % dans les zones d’expérimentation, mais ils ont au contraire augmenté de 12 % sur les tronçons où le filtrage était spécifiquement autorisé. Un motard sur deux ne respectait par ailleurs pas la limitation de vitesse imposée pendant la période d’essai, ce qui illustre la difficulté à faire respecter une pratique qui reste, par nature, difficile à contrôler pour les forces de l’ordre une fois engagée dans un flux de circulation dense.
Le texte publié au Journal officiel ne se limite pas à fixer des seuils de vitesse : il précise aussi que la circulation en inter-files ne peut se faire qu’entre les deux files de circulation situées le plus à gauche, ce qui exclut de fait tout filtrage généralisé sur des voies à trois files ou plus. L’objectif affiché par les pouvoirs publics est de réduire l’exposition des motards aux collisions par l’arrière, fréquentes lors des ralentissements et des bouchons, tout en encadrant strictement les conditions de vitesse et de largeur de voie pour limiter les excès observés pendant la phase expérimentale.
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Un paysage réglementaire contrasté à l’échelle européenne
La France n’est pas isolée en Europe : l’Autriche autorise le dépassement des files à l’arrêt, mais uniquement tant que celles-ci sont réellement immobiles, et la Belgique applique une règle similaire depuis 2011. L’Espagne doit de son côté autoriser à partir d’octobre 2026 les motos à emprunter la bande d’arrêt d’urgence de droite en cas de bouchon, sur des tronçons désignés et à 30 km/h maximum.

L’Allemagne, elle, campe sur une interdiction totale du filtrage entre les files, faute de base légale : le Code de la route allemand définit la voie de circulation comme l’espace nécessaire à un véhicule pour circuler, ce qui exclut l’espace entre deux files de véhicules, une interprétation confirmée par la justice allemande dès 1990. Rouler entre les files hors agglomération y coûte 100 euros et un point de permis, et en cas d’accident, la responsabilité du motard peut être retenue pour un tiers à deux tiers des dommages. Une étude française menée à Marseille sur le risque d’accident par kilomètre parcouru a par ailleurs montré que ce risque est près de quatre fois plus élevé pour les motos circulant entre les files, un argument régulièrement mis en avant par les autorités allemandes pour justifier le statu quo.
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Communiqué du ministère de l’Intérieur

