Un programme d’essais indépendant australien, qui évalue les vêtements moto depuis huit ans, mesure une baisse continue du niveau de protection des blousons et pantalons pourtant certifiés selon la norme européenne EN 17092.
MotoCAP, un protocole d’essai indépendant des fabricants
Depuis avril 2018, l’Union européenne impose que chaque blouson et chaque pantalon moto soit testé et certifié avant commercialisation, au titre du règlement sur les équipements de protection individuelle. Huit ans plus tard, un programme d’évaluation mené de l’autre côté du globe vient nuancer ce satisfecit collectif.
MotoCAP est un programme indépendant d’évaluation des équipements moto, porté en Australie et en Nouvelle-Zélande par un consortium regroupant autorités routières, assureurs et associations de motards. Sa méthode se distingue nettement de la certification réglementaire : là où le fabricant fournit lui-même l’échantillon soumis à la norme, MotoCAP achète ses pièces de façon anonyme dans le commerce, à raison de deux exemplaires par blouson ou pantalon et trois paires par modèle de gants, issus de circuits de distribution différents et sélectionnés au hasard par un algorithme. Le laboratoire, accrédité selon la norme ISO/IEC 17025, mesure la résistance à l’abrasion, la solidité des coutures et fermetures, l’absorption d’énergie des protections, ainsi que la respirabilité et l’étanchéité. Lancé en 2018 avec 152 produits testés par an, le programme en évalue aujourd’hui 173, pour un total d’environ 1 100 pièces passées au banc d’essai depuis sa création.
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Une norme jugée trop permissive
Selon le responsable scientifique du programme, l’universitaire Chris Hurren de la Deakin University, l’écart proviendrait du niveau d’exigence de la norme européenne elle-même : les fabricants ajusteraient leurs produits au plus près du seuil minimal accepté. Il affirme ainsi que certains « retirent de la protection de leurs équipements pour réduire les coûts », un constat d’autant plus marquant que la norme EN 17092 fonctionne selon un principe binaire de réussite ou d’échec, sans indiquer de combien un produit dépasse l’exigence minimale.

L’écart se mesure noir sur blanc sur la résistance à l’abrasion, c’est-à-dire le temps que met un tissu à se trouer lorsqu’il glisse sur la chaussée. Un guide destiné aux fabricants, publié en 2022 par des chercheurs de la Deakin University, indique qu’une durée d’abrasion de seulement 1,4 seconde suffit à valider la classe la plus élevée, AAA, sur la méthode d’essai dite de Cambridge (bande abrasive à grain 60, vitesse de 28 km/h). Or un pantalon en cuir, également classé AAA, a atteint 7,28 secondes dans les mêmes conditions de test. Un blouson aurait quant à lui vu sa résistance chuter de 3,7 à 1,2 seconde entre deux versions successives du même modèle, vendu au même prix. Sur les jeans moto à simple couche, certains résultats se rapprochent de ceux d’un jean ordinaire, alors que les mesures montrent qu’un denim de 400 g/m2 tient 0,6 seconde en une couche, 2 secondes en deux couches et 4 secondes en trois couches : c’est bien la structure du vêtement, plus que l’étiquette, qui détermine la protection réelle.
Ce que cela change pour les motards
Le revêtement routier joue aussi un rôle : les mesures montrent qu’un enrobé urbain est environ 4,5 fois moins agressif pour un tissu que les revêtements gravillonnés qui composent, selon une étude britannique citée par les auteurs, près de 43 % des routes départementales au Royaume-Uni. Pour les trajets urbains, MotoCAP recommande au minimum deux étoiles sur son échelle, et trois étoiles ou plus pour la route, un seuil qui suppose une note d’au moins 3 sur 10 à l’abrasion. Une évaluation menée au printemps 2025 sur 61 pantalons féminins a pourtant montré que 84 % d’entre eux n’atteignaient pas ce seuil, 40 modèles se classant au niveau le plus bas.
Le chercheur nuance toutefois son propos : un équipement certifié reste toujours préférable à l’absence d’équipement, et une pièce trois étoiles portée à chaque sortie protège davantage qu’une pièce cinq étoiles qui reste dans le placard. La norme EN 17092 s’applique telle quelle sur le marché français et européen : tout blouson ou pantalon vendu avec une classe AAA, AA ou A suit ce même protocole de certification. Pour les acheteurs, le principal enseignement reste que le prix, la notoriété de la marque et le simple fait d’être certifié ne disent que peu de chose du niveau de protection réel d’un modèle par rapport à un autre.
Plus d’infos
Site : www.motocap.com.au

